Journal sur la lune

21 décembre 2003

Hier j'ai appelé ma mère pour la voir. J'ai réfléchi et je ne voulais plus toujours être fâchée contre elle. Je voulais agir en adulte et lui pardonner. Toutefois, elle ne pouvait pas. Hier elle avait une fête au travail. Elle m'a dit qu'elle viendrait demain.

Alors, aujourd'hui, j'ai fait des pains d'épice pour elle. Je sais qu'elle aime beaucoup l'odeur du gingembre et de la cannelle, les deux principales épices du pain d'épices.Elle dit souvent que ma grand-mère en mettait dans beaucoup de ses plats, même dans la limonade. Je voulais lui faire plaisir. J'ai mis des heures à  préparer ce dessert. Moi, qui généralement ne cuisine presque pas, j'ai cherché une recette sur Internet pour elle et je me suis changée en cuisto.

J'ai eu du mal au début parce que la quantité était en gramme et je ne connais pas cette mesure. Moi, je calcule en tasse. D'ailleurs toutes les tasses à mesurés ne sont pas en grammes, mais en tasse. J'ai téléphoné à ma mère parce que mon père n'était pas là et, de toutes façons, je ne crois pas qu'il aurait su. J'ai réveillée ma mère avec la sonnerie du téléphone. Elle est arrivé ce matin à quatre heures. Donc, cela faisait huit heures qu'elle dormait. Bon, je pouvais comprendre et je me suis excusée de la réveiller.

Elle m'a montré comment convertir et j'ai eu la quantité approximative de mes ingrédients. Puis, j'ai continué la recette. Elle m'a dit avant de raccrocher qu'elle allait se réveiller et qu'elle viendrait nous chercher.

Alors que je laissais mes bonhommes en pain d'épice refroidir, mon père est arrivé de ses courses aux cadeaux. Il est allé les emballer en cachette et les a mis sous notre sapin. Un sapin artificiel, quel malheur! Il est vrai que c'est mieux pour nos forêts, mais ils ne sentent pas bons ces faux. Enfin...

J'ai eu l'attention détourné de mes bonhommes pendant un moment et papa en a profité pour me jouer un tour dont il est très fier. Il dit très fort pour que je l'entende : "Qui a mangé les bonhommes à Uashtushkau?" Alors vite je retourne voir mes bonhommes. J'ai vu qu'il n'en restait plus que trois sur mes plaques. Et mon père continuait son jeu même si je le regardait avec des yeux horrifiés.
-C'est toi, Michaël, qui a mangé les bonhommes de Uashtushkau?
-Oui.
-Ils étaient bons au moins?
-Oui.
-T'es sûr mon Michaël? Je croyais les avoir cachés dans l'armoire!

Et alors il sort mes bonhommes qu'il avait mis dans un plat en plastique. J'ai rit de soulagement. Papa, lui, il riait parce qu'il m'avait bien eu. Il est vraiment taquin desfois mon père. Moins souvent avec moi qu'avec Michaël. Il lui parle toujours fort avec une voix enjoué. Il lui tappe la cuisse pour que Michael le morde avec son chien marionnette. Et alors mon père se sauve en courant et Michaël lui court après autour du comptoir. C'est drôle à voir.

À deux heures ma mère n'était toujours pas arrivée. Je l'ai encore appelée. Je l'ai encore réveillée. < C'est pas grave, je peux comprendre.>Elle dit qu'elle va prendre quelques cafés pour se réveiller et qu'elle viendrait tout de suite après.

À trois heures et demi, elle n'était toujours pas venu. C'est Michaël qui l'a appelé. Elle a dit qu'elle allait prendre son bain et qu'elle viendrait après.

À cinq heures et demi, elle a appelé. Elle a dit qu'elle écoutait la télé. Il y avait un film qu'elle avait déjà vu avant et qui rejouait à la télé. Elle nous a appelés pendant une pause. < ¨Ca je ne comprends pas! Quelles sont ses priorités? Le film en premier et ses enfants par la suite?>

Vers six heures quarante-cinq, elle est arrivée finalement. J'ai ramassé mes bonhommes en pain d'épice avant qu'ils se sauvent comme dans l'histoire et je les ai enfermés dans une petite boîte. Incognito, j'ai passé derrière ma mère alors qu'elle parlait à mon père. J'ai été suivie par mes frères et ma soeur. Nous nous sommes tous enfermés dans la voiture de ma mère qui sentait le fast food et la cigarette. Des odeurs à nous lever le coeur. Plus tard, après quelques minutes sans doute elle s'est rendue compte qu'on avait disparu.

Elle nous a rejoints dans la voiture. Sans un mot, elle a démarré la machine. Ses premiers mots étaient des mots contre les énormes bancs de neige devant chez nous. C'est que ma mère prend beaucoup de place quand elle recule et elle ne voulait pas foncer dans le banc de neige. < Mais à quoi s'attend-elle avec les 110 cm de neige qui sont tombés cette semaine?>

Chez elle, elle a sorti de sa voiture trois gros sacs remplis de hot dogs et de frites. C'était de là que provenait l'odeur du fast food. C'était notre souper. Ma mère ne cuisine que pur faire bonne impression et pas quand elle est fatiguée alors je comprends. J'ai mangé un peu de frites, même si je n'aime pas tellement les frites. Ma mère voulait que je prenne des hot dogs.

-Non, maman, tu sais bien que je ne mange pas de viande.
-T'es végétarienne?
-Oui.
-Depuis quand?
-Depuis que j'ai arrêté mon anorexie à 14 ans. Il y a trois ans.
-Tu manges pas de hot dogs?
-Non.

<La mémoire est une faculté qui oublie. Je comprends.>

Ils ont mangé mes bonhommes. Mon petit frère Nathan a dit qu'ils n'étaient pas bons, mais les autres les ont tous mangés et dit qu'ils étaient bons. Ils s'en sont même pris plus qu'une fois.

Puis Steve a raconté des blagues dont beaucoup avaient déjà été racontés au cours des autres rencontres. On a parlé de voyages, de mon Brésil et que j'aimerais voir les pyramides Mayas, Aztèques et Incas. Il voit encore des extra-terrestres dans ces constructions. Il dit que sur mars, il y a les mêmes pyramides. Il dit que le déluge de la Bible s'est déroulé sur mars. Il dit qu'en fait, on viendrait de mars et qu'on serait les survivants du déluge. Il dit que l'arche est un vaisseau spatiale, etc. Il dit que les scientifiques lorsqu'ils ne savent pas expliquer quelque chose disent n'importe quoi. Je lui ai dit qu'il en était de même aussi pour les gens qui croyaient aux extra-terrestres: ils voient ces créatures dans n'importe quel phénomène extraordinnaire. Je lui ai dit que les photos étaient truquées. Ils enlevaient des parties pour que cela ait plus de véracité. Je lui ai sorti quelques exemples et a du changer le sujet.

Il dit que s'il y aurait une machine à voyager dans le temps, on ne serait pas dépaysé si on allait dans le passé ni dans le future. Je lui ai dit qu'on le serait parce que dans le passé, il y aurait les maladies et toute la saleté et que dans le future peut-être on se ferait à l'évolution technologique, mais que pour ce qui en est de la mentalité des gens, si les gens se retrouvent sans sentiments un jour ou un autre changement considérable au-delà de ce qu'on puisse imaginer, on ferait sans doute une dépression nerveuse. < J'aime bien m'obstiner de temps en temps.> Il a dit que j'avais peut-être raison.

Puis, il a continué sur un sujet que devait connaître moins: "Dans mon temps, les gens prenait moins de drogue que dans le tiens."Je lui ai dit qu'il y avait le mouvement hippie dans lequel il y avait beaucoup de marijuana. Il m'a répondu que ça c'était dans les années 60-70 et qu'il était né en cinquante et un. Je lui ai dit que c'était à l'adolescence et à l'âge adulte que les gens consomment le plus. Donc pour lui, dans ces années.< Je suis sans pitié, mais il m'énervait. Il croit tout connaître.>

Ma mère nous regardait moi et Steve. Je lui aurais bien demandé comment elle allait, mais avec tout ce monde autour et les commentaires de Steve, c'était pas un moment idéal. Ma soeur dormait allongée sur deux chaises, Michaël regardait la télé et Nathan dormait avec les pieds sur Michaël.

Bientôt ma mère a demandé à Steve d'aller nous porter. Il était tard. Elle ne voulait pas nous reconduire elle. Pourtant je préfèrerais. Mais je n'ai rien dit. Elle, elle continuait à fumer sa cigarette elle a terminé un paquet déjà commencé et commencé un autre. J'ai eu l'impression qu'elle croyait que sa bonne action était faite: nous recevoir. Comme si elle ne voulait pas nous voir, mais qu'elle nous recevait seulement pour ne pas avoir des remords de conscience.

Nous nous en sommes donc retournés sans ma mère. J'ai dit merci à Steve pour nous avoir reconduits une fois arrivée dans la cours de chez mon père. Et je suis allée directement au lit. J'avais la gorge qui me brûlait à cause de la fumée de cigarette. Je sentais la fumée d'ailleurs. Je n'arrivais pas à prendre de grandes respirations d'air sans fumée. Toujours je sentais le fumée. Je me suis dévêtue de ces guenilles. Je les ai lancées loin au bout de la chambre en rageant. Je suis déçue de ne pas avoir eu une rencontre comme je le voulais avec ma mère. Et je me suis endormie comme ça. Sans trop y penser parce que le noir est vite arrivé.




















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